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Détecter quotidiennement les lésions précancéreuses et cancéreuses

Manon Houde est cytologiste au CHUM. Ils sont 18 à exercer cette profession au sein de l’établissement et leur rôle est crucial : chaque jour, ils scrutent au microscope des tissus humains pour détecter des lésions précancéreuses ou cancéreuses.

La majeure partie du travail est consacrée aux tests Pap, un prélèvement de tissus de la partie interne du col utérin pour détecter le cancer du col de l’utérus.

On regarde le noyau des cellules pour voir s’il y a des changements, si les membranes nucléaires commencent à être irrégulières. En regardant le cytoplasme [la partie de la cellule qui entoure le noyau] on est capable d’identifier la cellule pour savoir d’où elle vient : peau, poumon ou autre organe.

Analyser des cellules au microscope demande beaucoup de concentration : « On fait 40 lames par jour. On nous amène un cabaret avec l’ensemble des lames pour la journée. On commence par les lames urgentes, celle des patientes qui sont déjà suivies pour un cancer. Ensuite on analyse les examens de routine. »

Les cytologistes travaillent essentiellement avec des médecins pathologistes avec qui ils collaborent de très près. « On fait du diagnostic. Si on voit des cellules cancéreuses, on envoie notre lame au pathologiste. Il revoit toutes les lames positives et confirme s’il est d’accord ou non avec nous. Ensuite, il signe le rapport qui est envoyé au médecin traitant. C’est une fierté d’avoir trouvé les cellules problématiques, car on sait que ça va être surveillé et que ça va permettre possiblement d’éviter un cancer. »

Examens non gynécologiques

Les cytologistes analysent aussi des tissus en provenance d’autres organes, comme les poumons, ou les glandes thyroïdes. « On détecte des microorganismes, comme des infections dans les poumons dus à une mycose ou un virus. On peut aussi voir l’effet cytotoxique de l’herpès dans les poumons. Sans oublier que certaines lésions imitent des cancers et qu’on est capable de détecter. »

Une école unique au Québec… dans les murs du CHUM!

La seule école de cytologie au Québec est située au pavillon F du CHUM et affiliée au CÉGEP de Rosemont. Cette école accueille des étudiants en provenance de l’ensemble de la province.

Sur les neuf étudiants formés cette année, nous en avons qui viennent de Québec, de Rimouski, et même du Nouveau-Brunswick.

Jusqu’à 10 personnes peuvent regarder la même lame sur ce microscope à 10 pattes.

L’autonomie au cœur de l’apprentissage

« 75% de l’enseignement, c’est du travail autonome. On attend que les étudiants émettent leur diagnostic et on les corrige au besoin. Il y a une partie plus théorique : on y enseigne la gynécologie, il y a un cours de pathologie, on regarde chacun des systèmes, et on leur apprend à faire des diagnostics. Ils arrivent fin août et finissent l’année avec deux stages, un de cinq semaines et un de quatre semaines. »

Manon Houde partage l’enseignement avec sa collègue Hakima Kebladj, également cytologiste, un rôle qu’elles ont dû apprivoiser au fil des années : « Le côté positif de l’enseignement, c’est qu’on se met plus facilement à jour. J’apprends des choses tout le temps. »

Et l’avenir?

La profession est appelée à évoluer avec les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Il y a aussi les progrès faits en science, particulièrement en génétique : « Avec les vaccins et les progrès dans le domaine de la biologie moléculaire, on va être capable de diagnostiquer un cancer sans même avoir vu le prélèvement, en analysant les chromosomes. »

La routine?

Lorsqu’on demande à Manon Houde ce qui lui plait le plus dans sa profession, elle répond qu’elle apprend tout le temps. « On penserait que c’est routinier, mais ça ne l’est pas. Il y a des cancers qui reviennent plus souvent, mais j’apprends toujours quelque chose de nouveau. Puis je suis fière de dire que je travaille au CHUM. C’est un hôpital spécialisé, c’est l’hôpital de l’avenir, les meilleurs sont ici. Je travaille avec des gens passionnés et je fais un métier passionnant! »

Un traitement adapté à chaque cas

Il y a différents grades de lésions précancéreuses : les plus basses ne nécessitent aucune intervention. Elles doivent être suivies, mais disparaissent généralement au bout de deux ans.

Pour les lésions de plus haut grade, on enlève la lésion par colposcopie.

Enfin, dans les cas de cancer, c’est le médecin traitant qui va ensuite décider du traitement : chimiothérapie, radiothérapie, hystérectomie, etc. Dépendamment du stade du cancer, on va être plus agressif dans le traitement.